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Mort et Re-naissance : la Pulsation Naturelle de l’Existence

Une approche Unité dans la Dualité

Par Tarab Tulku XI
Edité par Lene Handberg

 

Q : Qu’est-ce que la mort ?

TTR : Nous considérons communément la naissance comme une sorte de commencement et la mort comme la fin, une sorte de cessation ou de disparition, comme s’il y avait une ligne droite avec un début et une fin précis.

Cependant, le point de vue bouddhiste est circulaire. La naissance est un nouveau commencement, puis il y a l’état d’être ou l’existence, suivi par la mort qui conduit encore à une nouvelle création, une nouvelle naissance. Il y a donc un lien entre la fin de quelque chose et une nouvelle apparition, il n’y a pas de césure entre les deux.

Toute forme de phénomène, toute existence duelle, est transitoire, c’est-à-dire qu’elle est soumise au changement, au changement continuel. Mais ce changement ne s’effectue jamais en ligne droite, c’est toujours un mouvement circulaire.

On peut prendre l’exemple de la matière et de l’énergie : au début de l’évolution, la matière nait de la pure énergie et, à un certain moment, elle se dissout à nouveau dans son origine de pure énergie. Ainsi, tous les phénomènes tournent-ils en rond. Au niveau humain, lorsque nous naissons, nous manifestons notre corps et notre esprit, qui sont liés à  leur énergie fondamentale commune et n’en sont jamais séparés. Lorsque nous mourons, le corps se change, avec l’esprit, en une énergie corps-esprit très subtile qui pénètre jusqu’à l’étape finale de la mort et de là entame un nouveau processus de création : nous manifestons d’abord un corps de bardo, qui n’est pas solide, mais énergétique et de là, nous manifestons enfin un corps plus grossier, celui d’une nouvelle incarnation. C’est ainsi que le Bouddhisme considère la vie et la mort toujours comme un cercle sans aucune interruption, sans « disparition ». Le mouvement circulaire de l’existence est plutôt une transformation continue ou une pulsation de l’énergie vers la matière et de la matière vers l’énergie à différents niveaux de subtilité.

 

Q : La peur de la mort est-elle universelle ? Pourquoi ? Pourquoi avons-nous des difficultés à accepter la mort ?

TTR : Normalement, tout être humain a peur de la mort. Nous avons une très forte tendance à vouloir une nature formelle, un corps. C’est en rapport avec notre mode particulier d’existence, que nous partageons avec les animaux et les plantes. Mais en plus de cela, les êtres humains, contrairement aux animaux et aux plantes, ont conscience de devoir mourir.

L’obscurité est semblable à un néant vide où les formes disparaissent. C’est pourquoi de nombreuses personnes ont aussi peur du noir. Nous sommes effrayés parce que nous sommes identifiés avec le niveau formel d’existence. C’est donc de ce lien très puissant avec le niveau formel d’existence que provient notre peur de mourir : lorsque nous mourons, nous savons de façon certaine que nous devons quitter notre corps, puisqu’il cesse de fonctionner. Au cours du processus de la mort, l’esprit conceptuel normal ainsi que les capacités sensorielles se dissolvent l’un après l’autre et nous perdons le lien avec le corps physique ; et si à cette étape de la mort, nous sommes toujours identifiés au corps physique, nous allons de ce fait faire face à la peur de disparaître. Mais aussitôt que nous nous lions à nouveau à l’énergie, la peur disparaît.

 

Q : En quoi l’approche de la mort est-elle différente en Asie et dans les pays occidentaux ?

TTR : Je viens de dire que les êtres humains en général ont peur de la mort à cause de leur forte connexion ou identification au niveau de la forme. Mais si en plus vous n’acceptez pas l’idée de réincarnation, alors votre peur est encore plus grande car vous vous attendez à disparaître complètement. D’un autre côté, dans les cultures asiatiques où l’idée de réincarnation est fortement enracinée chez les gens, les gens ont un fort ressenti d’eux-mêmes en tant que courant de continuité qu’il n’est pas facile de perturber. Egalement, en Asie, il y a une forte croyance dans le système karmique, dans l’influence d’une vie sur la prochaine.

Sur la base de cette croyance, les gens s’engagent dans différentes techniques et méditations pour se préparer à la prochaine vie. Le Bouddhisme donne de nombreuses indications sur la façon de mener sa vie pour s’assurer d’une bonne incarnation dans la prochaine vie, et toujours dans le Bouddhisme, on trouve de nombreuses méthodes de méditation pour nous changer et transformer nous-mêmes et nos mauvaises empreintes (pour transformer nos autoréférences vulnérables – pour le dire en langage U.D.) de façon à ce qu’elles ne perturbent pas ou ne créent pas de mauvaises circonstances pour notre prochaine vie.

 

Q : Comment nous préparer ? Faut-il avoir une attitude d’esprit particulière ?

TTR : Cela dépend des croyances de la personne. Il est toujours bon d’avoir confiance, de se sentir soutenu par l’objet de sa foi. Si nous parlons d’un personne bouddhiste religieuse, alors une confiance entière en les Trois Joyaux : le Bouddha, le Dharma et le Sangha ou dans une divinité tantrique l’aidera considérablement et la soutiendra pendant le processus même de la mort.

De même, si une personne d’une autre croyance religieuse a confiance en un « être supérieur » ou une « énergie », l’effet sera que cette personne va suivre tout naturellement le processus de la mort, qui est de retourner dans l’énergie de base, sans peur ou avec moins de peur.

Si vous êtes un pratiquant tantrique plus avancé, vous devriez, par rapport au processus de mort, mettre en application les pratiques tantriques, puisque le processus de mort va apparaître comme une grande opportunité pour atteindre un niveau profond de méditation. Par le pouvoir de votre volonté, il vous faut donc essayer de maîtriser les différentes étapes du processus de la mort pour entrer consciemment dans l’étape finale, la « claire lumière ». Lorsque vous connaissez vos possibilités dans ce domaine, vous prenez confiance et la peur est considérablement réduite voire dépassée.

 

Q : Comment décririez-vous le processus de mort et de reprendre naissance / d’être réincarné ?

TTR : Dans le processus de mort, vous commencez par traverser l’absorption des forces élémentaires : d’abord l’élément terre de manifestation et de structuration perd son pouvoir, puis l’élément eau d’énergie cohésive (qui maintient ensemble les différents composants), puis l’élément feu de maturation (l’énergie qui pousse l’entité vers son développement maximal), suivi par la perte du pouvoir de l’élément air, le pouvoir de mouvement à la base de la création. Cette partie du processus de mort peut donner lieu à certaines expériences plus violentes de destruction. A la fin du processus, la respiration s’arrête et la personne est cliniquement morte. Cependant, d’après la tradition tibétaine, ce point n’est qu’un passage vers un niveau d’existence corps-esprit différent, vers un niveau énergétique, c’est-à-dire au delà du niveau matériel de l’existence. Ce qui s’ensuit sont les différentes expériences de l’élément espace, de notre nature potentielle : les expériences blanche, rouge et noire, processus qui conduit naturellement à la « claire lumière ». La « claire lumière » est le point final du processus de dissolution de notre existence formelle, l’existence duelle, pour aller vers le non-duel. C’est donc aussi un tournant à partir duquel se produit un nouveau cycle de manifestation depuis la présence d’énergie subtile jusqu’à des niveaux d’être de plus en plus grossiers qui se terminent par la renaissance à un niveau matériel.

En sortant de la « claire lumière », il y a le stade intermédiaire entre la mort et la renaissance appelé en tibétain « bardo ». Si on est entraîné à utiliser son corps énergétique (le corps de rêve est aussi un corps énergétique et a souvent été utilisé pour ce genre d’entraînement) dans le bardo, on peut faire différentes sortes de pratiques avancées pour influencer la prochaine incarnation dans la direction la plus positive. Ces pratiques consistent à reconnaître certaines attraction / rejets qui doivent être évités ou transcendés et à cultiver une profonde force intérieure et une compassion favorisant l’expérience de l’unité avec son objet (dans cet état, on a un objet comme dans l’état de rêve) pour obtenir la maîtrise de cet état. Depuis cet établissement très spécial et exceptionnel de son corps-esprit de bardo, on peut influencer les lieux et conditions de sa naissance.

 

Q : La mort et la réincarnation sont-elles les mêmes pour une personne « ordinaire » que pour une personne ayant effectué certaines pratiques de méditation ou pour un « Maître » ?

TTR : Dans la tradition tantrique, il existe une « pratique de méditation de la mort »où on s’entraîne consciemment à traverser le processus d’absorption des éléments vers la « claire lumière » et à retourner par le processus de manifestation vers la renaissance. Le but principal de cette méditation, cependant, n’est pas de se préparer à sa mort et à sa renaissance, mais surtout d’obtenir le pouvoir, depuis notre niveau de corps-esprit grossier, d’atteindre un niveau bien plus subtil d’existence. Mais l’effet secondaire de cette pratique est qu’on se prépare à la mort et qu’on s’entraîne à maîtriser les différents processus de la manifestation.

Les personnes ordinaires n’ont aucun contrôle sur leur processus de mort ni sur le processus de remanifestation, elles sont juste poussées dedans par les forces naturelles de l’existence. Et normalement, on tombe dans l’inconscience bien avant d’atteindre la « claire lumière » pour ne se réveiller que dans l’état de bardo, comme lorsqu’on va dormir et qu’on se réveille dans l’état de rêve. Mais si quelqu’un est capable d’avoir un contrôle intérieur ou le pouvoir de suivre consciemment le processus naturel de la mort, il a la possibilité de s’absorber avec toute l’existence dans la nature non-duelle de l’univers, dans la limite entre Samsara et Nirvana.

Lorsqu’elles meurent vraiment, ces personnes entraînées peuvent s’absorber dans l’état de conscience de méditation non-duelle pendant un temps considérable. Certaines restent absorbées dans la « claire lumière » pendant des semaines.

Lorsqu’une personne ordinaire meurt, vous pouvez le voir immédiatement, mais ces pratiquants très spéciaux qui peuvent rester dans l’état de méditation de la « claire lumière » sont capables de conserver leur position physique (la position du lotus) aussi longtemps qu’ils restent dans l’état de « claire lumière », c’est-à-dire des semaines après que leur cœur ait cessé de battre et qu’ils aient arrêté de respirer. Ils émanent une puissante énergie pendant ce temps, qui peut être bien plus forte que lorsqu’ils étaient vivants et en bonne santé, et ceci est particulièrement remarquable s’ils avaient été malades et affaiblis avant de mourir.

Lorsqu’ils restent absorbés dans la « claire lumière », leur corps peut aussi devenir plus petit. Quelqu’un de ma taille (175 cm) peut ainsi rétrécir à 40 ou 50 cm et il a même été vu des Maîtres de cette nature dissoudre leur corps complètement, ne laissant que leurs ongles et leurs cheveux.

Ceci et de nombreux autres phénomènes se produisirent en fait au Tibet au moment de la mort de grands maîtres.

Par exemple, mon grand-oncle le Régent du Tibet avant ce Dalaï Lama : il fut brûlé après sa mort et dans un des os plats de son crâne, on trouva une formation osseuse qui avait pris la forme d’une syllabe germe, la lettre principale d’un mantra. Il y avait une autre formation osseuse d’une syllabe germe dans son genou.

La façon dont nous pouvons comprendre ces phénomènes est que par le pouvoir obtenu par des pratiques tantriques, certaines personnes parviennent vraiment à maîtriser le processus qui mène à l’énergie et à la nature unitive et le retour vers le niveau matériel. La maîtrise de ce processus permet à la personne de manifester les phénomènes qu’il veut.

Un autre phénomène très étrange est ce qu’on appelle Rinzel1. Ce sont de petits phénomènes ronds et brillants qui ressemblent à des perles souvent blanchâtres mais qui peuvent avoir différentes couleurs. Elles peuvent aussi émaner du corps d’un grand maître tantrique lorsqu’il est brûlé après sa mort. Elles sont en lien avec le pouvoir méditatif d’une personne, c’est-à-dire qu’elles sont l’effet de la capacité à traverser consciemment le processus de la mort, d’avoir la maîtrise de ce processus. On peut traduire le nom tibétain de cette capacité par : « avoir obtenu le pouvoir sur les cinq éléments » ou « maîtriser les éléments ».

 

Q : Quelle est l’influence du karma sur le processus de mort et de réincarnation ?

TTR : « Karma » en fait signifie action : action qui crée des empreintes et entraînera un résultat dans le futur. Cette action peut être universelle ou personnelle. Au niveau universel se trouvent des lois universelles impliquant qu’une certaine cause donnera un certain résultat. C’est une loi universelle. Au niveau personnel ou humain, les actions les plus influentes sont les actions mentales. Des actions mentales proviennent les actions verbales et/ou physiques. En termes d’action mentale, nous pouvons avoir des actions mentales pacifiques, qui vous produire un résultat pacifique et nous pouvons avoir des actions mentales plus violentes qui vont produire un résultat violent. La conséquence pour le processus de mort est que, si en mourant vous avez une nature mentale paisible, votre énergie est plus paisible et l’ensemble du processus vous conduira dans une direction paisible.

 

Q : Que se passe-t-il lors d’une mort violente ? Que se passe-t-il lorsqu’on garde une personne artificiellement vivante dans un coma profond ?

TTR : Ce n’est pas tellement la situation extérieure qui est le facteur déterminant, mais la question de savoir si quelque chose dérange mentalement la personne. Un esprit paisible aura toujours les meilleurs résultats. Mais bien sûr, les circonstances extérieures peuvent influencer l’esprit. Dans la tradition tibétaine, on dit que lorsqu’une personne meurt, on devrait faire un environnement aussi paisible que possible et qu’on devrait s’assurer que personne ne provoque d’état émotionnel d’aucune sorte chez la personne qui meurt. La même chose s’applique au processus d’endormissement, si l’esprit est négatif avant de s’endormir, il va influencer l’état de sommeil dans le même sens, de même qu’un esprit paisible influencera le sommeil dans un sens positif.

D’après la tradition tibétaine, il y a de nombreuses similitudes entre s’endormir et mourir. D’après le yoga du rêve, lorsqu’on travaille sur le processus d’endormissement, on se prépare au processus de la mort et lorsqu’on travaille sur nos rêves, nous nous préparons à l’état de bardo.

Le coma profond est une sorte d’état inconscient. En général, l’esprit et le corps sont reliés pendant tout le processus d’absorption des éléments, tout le long jusqu’à l’état de « claire lumière », c’est-à-dire même après ce qu’on considèrerait en Occident comme la mort clinique. Comme je l’ai dit, il y a un passage à un niveau différent de corps-esprit à partir du moment où la respiration s’arrête (c’est-à-dire lorsque l’élément air perd son pouvoir) pour laisser place aux différentes expériences de l’élément espace. Si vous gardez une personne, qui est inconsciente, artificiellement vivante dans un respirateur, vous la gardez plus ou moins suspendue entre l’absorption de l’élément air et les expériences de l’élément espace, vous ne laissez pas partir l’énergie.

Si quelqu’un est dans un coma profond, il n’y a rien que vous puissiez faire pour cette personne, à moins que vous ne soyez capable de vous relier à votre esprit énergétique subtil et d’apporter une sorte de soutien énergétique positif à la personne mourante.

 

Tarab Tulku XI poursuit sans autres questions

Comment se passera le processus de la mort dépend dans une large mesure de nos autoréférences, de notre ressenti et de notre identification à nous-mêmes. Plus nos autoréférences et notre identité sont stables et authentiques, moins nous avons de peur. Si vous croyez à la réincarnation, alors vous croyez qu’il y a une sorte de « soi »à la fois avant que votre corps ne soit né et après lui. Ainsi, la vision de « soi » n’est pas limitée à l’idée conceptuelle de soi-même, elle n’est pas étroite et il semble ainsi que vous puissiez suivre le processus naturel de transformation de votre identité, de votre autoréférence à l’intérieur du processus de la mort, sans peur. D’un autre côté, si vous n’avez aucune idée de vous-même continuant après la mort, la sensation de « vous-mêmes » devient facilement figée et limitée à l’idée et la sensation de surface de vous-mêmes. Et puisque vous devez laisser cette sensation et cette idée superficielles de vous-mêmes derrière vous lorsque vous mourez, la peur s’élève naturellement. Vous avez peur de disparaître car vous êtes complètement identifiés à ce qui va disparaître dans le processus de mort. Je donne parfois l’exemple d’un arbre, si vous êtes juste identifié à une feuille de cette arbre et que cette feuille tombe, vous avez un problème. Mais si vous pouviez trouver le moyen de voir qu’à un niveau plus profond, vous êtes aussi toute la branche et qu’à un niveau encore plus profond vous êtes le tronc de cet arbre et ses racines alors la nature en changement permanent des feuilles qui tombent et des nouvelles feuilles qui apparaissent ne vous affectera pas beaucoup, car vous êtes identifié à un niveau d’être bien plus profond.

Ainsi, dans la perspective U.D., si vous comprenez profondément la nature interdépendante, la nature de cause et d’effet et la nature transitoire, vous avez une autre vision de vous-mêmes, votre identification est différente et votre peur d’être détruit diminue.

 

Le Bouddhisme comprend toutes sortes de méthodes pour aller dans le sens d’une diminution de la peur de la vie et de la mort, particulièrement utiles aux gens qui croient en une vie future. Une méthode très célèbre dans la tradition bouddhiste est le « powa »2, le transfert de conscience au moment de la mort. Dans le Powa ordinaire, on dit que vous transférez votre conscience dans Dewatchen, qui est la Terre Pure du Bouddha Amithaba. D’après la tradition bouddhiste Mahayana, on peut demander aux huit Boddhisattvas de l’aide pour nous guider là, et lorsqu’on y est, on a toutes les pratiques et les enseignements qu’on peut souhaiter et on ne retournera jamais dans une renaissance inférieure. Ce genre de powa est appelé powa magom sangye3 qui signifie quelque chose comme « transfert par lequel on devient un Bouddha – sans méditation ».

 

Lorsqu’on est dans le bardo, on se manifeste comme un être de bardo. C’est-à-dire qu’on prend un corps d’énergie particulier avec des sens particuliers qui ont des limitations spatio-temporelles bien différentes de notre corps physique. Par exemple, les êtres de bardo peuvent traverser les murs et les montagnes, comme nous le pouvons lorsque nous utilisons notre corps de rêve. Les sens ne sont pas limités comme les sens physiques, ce qui signifie que la conscience de bardo devient beaucoup plus sensible. Par exemple, si quelqu’un ne maîtrise pas le corps de bardo, il recevra trop d’impressions fortes.

Il y a de nombreux types de bardo et il est dit que les êtres de bardo de différents domaines de bardo ne peuvent pas communiquer entre eux. Par exemple, les êtres de bardo du royaume du désir, comme les humains ou les animaux ne peuvent pas communiquer avec les êtres de bardo du royaume des dieux de la forme.

Cependant, si certains Lamas on des pouvoirs méditatifs spéciaux, il peuvent contacter les êtres du bardo. Il y a certains rituels où ils peuvent appeler les êtres de bardo et leur enseigner comment pratiquer. Dans ce contexte, il est fait lecture du célèbre Livre Tibétain de la Mort, le Bardo Thö Drol4 aux êtres du bardo.

Habituellement, le bardo dure 49 jours. Mais il ne s’agit pas de 49 jours humains. Pour les êtres de bardo, cela peut faire des siècles, tout dépendant de quel genre de bardo il s’agit. Il y a aussi le phénomène d’être perdu dans le bardo, auquel cas, il y a certaines prières spéciales de bardo qu’on peut faire pour de tels êtres.

 

Le principal, si on veut soutenir des gens pendant leur processus de mort, c’est de les aider à être dans un état d’esprit paisible, un état qui ne soit pas affligé d’émotions fortes. Même si la personne mourante est très matérialiste et n’a aucune idée d’une continuation après la mort, on peut l’aider ainsi. Egalement, si nous nous sommes entraînés nous-mêmes, nous pouvons nous centrer sur le ressenti de la région du chakra du cœur, d’une part pour nous aider à avoir une attitude d’ouverture à la personne mourante et d’autre part pour soutenir le mourant depuis là, puisque l’énergie du chakra du cœur, d’après la tradition tibétaine, est semblable à celle de l’état final de la mort.

Si la personne a l’idée de la continuation et a aussi des liens avec des énergies / êtres supérieurs, on peut l’aider à contacter cela pour demander un soutien, ce qui permettra à la personne de rester dans le processus transformatif naturel de la mort.

 

Maintenant, vous pouvez vous demander comment nous connaissons toutes ces choses ?

Pour ce qui est de la réincarnation, si on regarde l’univers, on peut voir que toute la nature a une tendance naturelle vers la continuation et une tendance à rejeter ce qui menace sa survie. L’énergie qui est à la base de la réincarnation est cette sorte d’énergie, elle est la base de la continuation. Vous pouvez voir que ce principe de continuation est une règle universelle de l’existence.

On peut aussi observer, les sciences l’ont découvert de même que les yogis, qu’aucune forme ne reste figée ne serait-ce qu’une fraction de seconde, mais qu’un phénomène est basé sur un changement et un échange continuels, sur l’apparition et la disparition de ses plus petits composants. C’est dans ce sens que nous, dans Unité dans la Dualité, parlons de la pulsation de l’énergie vers la matière et de la matière vers l’énergie sans laquelle l’existence ne se poursuivrait pas.

Pour finir, concernant la connaissance du processus de la mort et du Bardo, il existe des pratiques spirituelles de la mort qui ont permis à des Yogis et des Yoginis de se déplacer avec tout leur être de la matière vers l’énergie et l’unité et d’en revenir, ce qui leur a permis d’avoir la connaissance de ces processus.

 

Ma propre expérience de Lama réincarné est la suivante :

En tant que Lama réincarné, on a vraiment des ressentis du passé – pour certains, ce sont juste des ressentis, mais d’autres se souviennent vraiment d’éléments concrets du passé. Mais il y a un aspect particulier à prendre en considération ici : en tant que Lama réincarné, vous êtes élevé avec des gens constamment autour de vous et qui vous parlent de votre incarnation passée, donc, que vous ayez des ressentis depuis le début ou non, vous pouvez vraiment entrer dans le ressenti de cette incarnation précédente comme étant une partie de vous-même. Mais, tout bien pesé, tous se passe comme si, en tant que Lama réincarné, vous avez accès à plus de réalités, ou nous pourrions dire, vous avez accès à un champ de réalité plus large.

D’après ma famille, avant l’âge de un an, j’ai montré un intérêt particulier pour les rituels, les moines, les nonnes et les cérémonies religieuses. Pour me faire plaisir le soir, mes parents devaient m’amener un peu en direction de Lhassa, la ville sainte, dans la direction qui était à la fois celle du monastère de l’Université de Drepung et celle de mon monastère. Il se trouve aussi que je récitais des mantras, ce que ma mère essayait de cacher car elle craignait que quelqu’un puisse avoir l’idée que j’étais un Lama réincarné, ce qui signifierait qu’elle me perdrait. Mais comme le pommier du jardin a fleuri à ma naissance à la fin du mois de Décembre et que l’eau de la rivière a pris une couleur blanche comme du lait, il ne semblait pas trop difficile aux moines de mon monastère de trouver le chemin de ma maison familiale.




1 Tib. : Ring-bsril, (phon. ringsil)

2 Tib. : Pho-ba, (phon. powa)

3Tib. : Pho-ba ma-sgom sang-ryas

4 Tib. : Bar-do’i-thos-grol

Edité dans « Tarab Tulku XI – A Tibetan Lama in Denmark », Editeurs : Jeannie Andersen et Anne-Sophie Bernstorff, Ørnens forlag, Copenhague, Danemark, 2009.

ISBN : 978-87-90548-79-7

Author: 
Tarab Tulku XI