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Tarab Tulku XI

Tarab Tulku XI est né à Gangkyi Shar près de Lhassa le 22 décembre 1934. Alors qu’il était encore très jeune et bien que ses tuteurs avaient déjà décidé de qui serait son maître principal, Rinpoché suivit sa propre volonté et alla seul demander au vénérable Khensur Pema Gyaltsen Rinpoché qui l’impressionnait beaucoup, s’il acceptait d’être son maître. Khensur Rinpoché, surpris par ce petit Lama volontaire, accepta à la condition que ses tuteurs soient d’accord – c’est ainsi que celui qui deviendra le fameux maître et abbé du monastère de l’université de Drepung devint le maître principal de Tarab Tulku XI.


Au-delà de l’aide qu’il pouvait apporter à Tarab Tulku XI dans le cadre de ses études académiques, Khensur Rinpoché lui enseigna les yogas. « Lorsque j’avais dix ou onze ans, Khensur Rinpoché a commencé à m’entraîner de manière formelle au yoga des rêves. Il ne nous enseignait pas les pratiques formelles complexes du yoga des rêves, mais une méthode plus simple. Khensur Rinpoché me posait des questions chaque soir auxquelles il fallait que je trouve des réponses dans mes rêves. Le lendemain, je lui livrais les réponses que j’avais reçues et il m’aidait à les interpréter. J’ai pratiqué cela toutes les nuits pendant trois ans. Quand j’ai eu treize ans, je reçus l’enseignement formel des six yogas, dont celui des rêves. À partir de cette époque, j’ai commencé à appliquer cette pratique tantrique des rêves, atteignant la maîtrise totale du rêve lucide, utilisant mon état de rêve pour mon développement spirituel. C’est principalement sur la base de mes expériences acquises au cours de ce travail sur les rêves, et en affinant ma maîtrise de l’état de rêve que j’ai ensuite développé une théorie et des pratiques pour travailler avec les rêves en vue d’un développement personnel ou dans un but thérapeutique – ce qui est depuis de nombreuses années une partie de mon enseignement pour mes étudiants occidentaux. »

Tarab Tulku XI a reçu une éducation traditionnelle complète en ce qui concerne la science bouddhiste de l’esprit et des phénomènes, la métaphysique ainsi que des disciplines méditatives telles que le tantra, et finit ses études à 24 ans avec le diplôme le plus élevé, celui de Géshé Lharampa.

Rinpoché n’a jamais été totalement satisfait par les enseignements formels et très tôt dans son entraînement, il commença à poser des questions plus poussées, ce qui lui permit lentement mais sûrement de comprendre profondément les aspects universels de la science bouddhiste de l’esprit et des phénomènes, qui deviendront la base de l’Unité dans la dualité. À l’âge de treize ans, Rinpoché commença à enseigner à Drepung et il devint connu à la fois comme l’un des meilleurs érudits et débatteurs, et pour sa grande compassion pour ces concurrents en dialectique —il a ainsi eu de nombreux étudiants au Tibet avant qu’il n’ait à le quitter en 1959.

Confronté au fait d’avoir tout perdu durant son exil, Tarab Tulku XI commença à se demander comment la vaste connaissance qu’il avait acquise au Tibet pourrait rester disponible et être d’une utilité pratique dans un contexte moins spirituel que celui dans lequel il avait grandi. Comme nul ne savait ce qu’il adviendrait dans le futur, Khensur Rinpoché demanda à Tarab Tulku XI d’utiliser sa maîtrise des rêves pour trouver un moyen de rassembler l’essence de ce qu’il avait appris au Tibet.

Rinpoché eut alors un rêve dans lequel il reçut quatre poèmes, et il se souvint de trois d’entre eux au réveil. Il les mit par écrit et Khensur Rinpoché eut l’air très satisfait en les lisant. Mais il fallut de nombreuses années à Tarab Tulku XI pour comprendre parfaitement ce que ces poèmes signifiaient en profondeur. Peu à peu, comme Rinpoché développait sa propre voie en occident, l’Unité dans la dualité, il lui apparut de plus en plus clairement que tout ce qu’il développait dans cette approche étaient déjà présent dans ces poèmes depuis le tout début.

Au Danemark, en plus de son travail à l’Université et à la bibliothèque royale (où il était directeur de la section tibétaine), Rinpoché continua ses propres investigations internes, rencontrant des obstacles successifs à sa compréhension sur la voie de son propre développement jusqu’à ce qu’il atteigne l’état dans lequel toutes les connections des Tendrel - la nature intereliée de toute l’existence - devient claire comme du cristal. Ensuite Rinpoché commença à étudier de nouveau les vieux manuscrits indo-tibétains qu’il avait laissés de côté pendant quelques années afin de découvrir son propre chemin et de laisser se développer sa propre voie.

À la fin des années 70, Rinpoché commença à partager ses vues avec une audience occidentale plus large à l’une des premières conférences de psychologie transpersonnelle qui se tenait en Finlande, à laquelle il avait été invité avec son maître Khensur Rinpoché. C’est de cette époque que datent aussi ses liens avec Stanislav Grof et la société de psychologie transpersonnelle dont il a été pendant un temps le représentant en Orient.

À cette époque, des éléments et des aspects divers de la science de l’esprit et des phénomènes, du développement personnel et des applications spirituelles et psychothérapeutiques de l’Unité dans la dualité, basés sur son savoir et son expérience profonde de la tradition bouddhiste tibétaine, commencèrent à prendre forme. À la fin des années 80, Rinpoché réussit à intégrer ces divers aspects dans le système complet de l’Unité dans la dualité, réalisant par là son souhait profond d’ouvrir la richesse des aspects universels de la vue bouddhiste et de la sagesse méditative à des personnes qui ne sont liées ni à la culture tibétaine, ni à la religion bouddhiste.

Tarab Tulku XI a donné des séminaires d’Unité dans la dualité tout autour du monde. Il a fondé les instituts Tarab de Munich, Hambourg, Copenhague, Helsinki, Bruxelles, Tartu, Paris et Londres. En 1994, Rinpoché enseigna pour la première fois sa formation de trois ans d’Unité dans la dualité à l’institut Tarab de Belgique. Dans cette formation, Tarab Tulku XI présente les aspects universels de la science de l’esprit et des phénomènes du bouddhisme indo-tibétain, le développement personnel ainsi que l’application spirituelle et thérapeutique en accord avec les besoins d’une culture rationnelle et technologique hautement développée. Depuis lors, il a encore développé le programme de cette formation, assisté de Lene Handberg, sous la forme d’un programme de quatre années.

Tarab Tulku XI considérait l’Unité dans la dualité comme le point de rencontre de la sagesse orientale et de la science occidentale. Parce que le paradigme de l’Unité dans la dualité est basé sur l’essence de la sagesse traditionnelle orientale, donc sur un savoir universel, au-delà du temps, il devint clair que beaucoup de ses aspects correspondent aux découvertes de la science moderne. C’est pourquoi Tarab Tulku XI a organisé une conférence scientifique interdisciplinaire à Munich en octobre 2002. Il invita Sa Sainteté le Dalaï Lama à cette conférence, et lui offrit à cette occasion les premiers chapitres du livre qu’il était en train de rédiger. C’est à cette occasion que Tarab Tulku XI et Sa Sainteté eurent l’occasion pour la première fois de parler du travail qu’avait développé Rinpoché. Sa Sainteté a été très favorablement touchée par le travail de Rinpoché et lui demanda immédiatement de venir en Inde pour enseigner dans les institutions tibétaines du Nord et du Sud de l’Inde. Comme l’emploi du temps de Rinpoché était déjà très rempli, il ne put enseigner que dans 21 institutions tibétaines dans le Nord. À sa grande surprise, il fut partout reçu avec les respects que l’on doit à un très grand lama. Mais Rinpoché apprit plus tard par des moines de Dharamsala que Sa Sainteté avait récemment dit dans un monastère tibétain d’une université du sud de l’Inde qu’il voyait en Tarab Tulku XI le meilleur maître tibétain de sa tradition à notre époque.

Rimpoché était atteint d’un cancer depuis six mois, qui s’est brutalement révélé après sa tournée d’enseignement en Inde. Le jour précédant l’entrée dans le processus de la mort de Rinpoché, il y a eu un tremblement de terre au Danemark, ce qui est tout à fait inhabituel. Lorsque Rinpoché est décédé, il y avait du soleil et de la pluie et de nombreux arcs-en-ciel dans le ciel de Copenhague. Enfin, la nuit précédant la crémation du corps de Rinpoché, notre maison a tremblé dans un grand bruit que nous avons entendu aux trois niveaux, et le bureau de Rinpoché vibrait.

Le départ de Tarab Tulku XI, bien qu’il soit une perte tragique pour chacun d’entre nous, fut aussi un très grand enseignement dans la manière dont Rinpoché a géré sa maladie, son optimisme fantastique, son courage et sa motivation profonde. Il nous a montré à travers ses enseignements jusqu’au tout dernier instant comment ramener la connaissance et la luminosité intense et authentique de la sagesse et de la compassion dans nos vies.