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L’expérience au delà de la fixation du langage

Toucher terre – faire corps avec la réalité au delà des barrières culturelles et individuelles

Tout au long de notre processus d’apprentissage, qui est un processus d’ « acculturation », nous avons créé des empreintes qui vont influer sur notre façon de faire l’expérience de la réalité. Quand nous apprenons une langue, il ne s’agit pas seulement d’apprendre les mots que nous ferons nôtres pour nous exprimer, cela implique un processus spécifique de sélection – dont nous ne sommes pas habituellement conscients – qui est l’essentiel, le principal de tout processus d’apprentissage d’une langue.


Par le processus d’acculturation, nous allons choisir et nommer ce qui apparaît au niveau sensoriel. Ce choix est la cause et le résultat du déploiement d’empreintes de langage continues créées tout au long de l’apprentissage de la description de la réalité qui est de plus influencé par les expériences précédentes et les ressentis autoréférentiels personnels.

En permanence, lorsque l’esprit conceptuel (qui est la conscience qui utilise le langage comme outil de perception) est en fonction, il décrit la réalité au moyen de mots. Cette description de base nous amène ensuite à faire notre expérience de ce qu’on voit de la réalité en conséquence (que nous prenons à tort pour être la réalité sensorielle). Puis, nous aurons un ressenti de l’apparence de la réalité en rapport. Donc, lorsque nous sommes dominés par l’esprit conceptuel, nous gérons fondamentalement une réalité abstraite que nous figeons au moyen de la dénomination et de la description.

Ce processus sélectif est la raison pour laquelle, d’une culture à une autre, nous avons différentes façons de faire l’expérience et même, à l’intérieur d’une culture, entre les personnes. C’est aussi pourquoi des problèmes surgissent lors de la traduction d’une culture ou/et d’une langue à une autre, car dans toute culture, chaque langue est construite en fonction de l’ensemble de son interprétation de la réalité tenue pour acquise.

Comprendre ce processus et en prendre conscience nous permet progressivement de retrouver une liberté en ce qui concerne notre façon de décrire / figer et d’expérimenter autrement la réalité. C’est là que nous trouvons une opportunité de changer : lorsque nous devenons capables de choisir et nommer différemment de façon à avoir un nouvel angle conceptuel et une apparence et un ressenti de la réalité en conséquence.

Tout au long, nous pouvons nous permettre d’accorder plus de confiance aux expériences sensorielles ordinaires et même plus profondes, car elles forment la base commune de l’expérience de la réalité humaine, au delà des barrières individuelles et culturelles et nous apprennent à utiliser les capacités conceptuelles surtout comme des outils servant à décrire la réalité sensorielle. C’est ainsi qu’au lieu de nous fier à une fixation de la réalité culturellement et personnellement déterminée, nous pouvons être en contact avec une réalité intérieure et extérieure qui de plus permet de voir les processus constants de changement et de transformation de nous-mêmes et de la réalité extérieure.

A condition de ne pas nous laisser prédéterminer par l’esprit conceptuel et sa fixation de la réalité et à condition de nous ouvrir à toutes les possibilités et opportunités de faire l’expérience de la réalité, nous pourrions devenir bien plus responsables de notre réalité et changer en conséquence.